Revue Lignes, no 61
Revue Lignes, no 61
Pour un nouvel internationalisme
Collectif  
  • Éditeur : Nouvelles Éditions Lignes
  • Collection : Revue Lignes
  • EAN : 9782355261985
  • Code Dimedia : 000206337
  • Format : Revue & périodique
  • Thème(s) : SCIENCES HUMAINES & SOCIALES
  • Sujet(s) : Sciences humaines - Divers
  • Pages : 200
  • Prix : 37,95 $
  • En librairie le 10 mars 2020
  • Statut : À paraître
  • Code de recherche: REVLIG
  • Groupe: Sciences humaines
  • Date de l'office: 5 mars 2020
  • Langue d'origine: français
EAN: 9782355261985

Parmi les idées qui connaissent une forme d’extinction tout aussi brutale que celle touchant les espèces, il faut compter l’internationalisme. Comment en est-on arrivés là? Comment le schème internationaliste, qui a orienté les pensées comme les pratiques politiques opposées à l’ordre des choses et à sa police, a pu devenir le spectre d’un spectre, qui ne hante plus tant la mémoire que les oubliettes où celle-ci s’est évanouie? Répondre à cette question nécessite bien entendu un diagnostic, une enquête de type historique, philosophique et politique.

On pensera d’abord au retour en force des nationalismes, qu’ils s’expriment sous une forme autocratique (États-Unis, Turquie, Brésil, Inde et Russie) ou digital-totalitaire (Chine), qu’ils s’inspirent d’un populisme de droite ou de gauche, ou qu’ils puisent dans le stock historique des idées fascistes, nazies, ou staliniennes.
 
C’est sans doute que les populismes, (para) fascismes et nationalismes contemporains sont difficilement compréhensibles sans être rapportés à ce qu’ils rejettent comme à ce qu’ils défendent. Ce qui est rejeté est le global comme tel, l’échelon supra-national issu de ce qu’en France on aura nommé la « mondialisation » (globalization en anglais). Considéré plus que de raison à partir d’une vision conspirationniste, le global est analysé en termes de groupes de pression plus ou moins occultes, de castes (et non de classes), de technocrates, ou encore de trait national (« l’Allemagne »). L’objectif politique consistera dès lors à démembrer tout ce qui est supra-national (pensons au Brexit, au détricotage des accords, formels ou tacites, qui réglaient les modalités capitalistes des échanges commerciaux, etc.) Contre le global, est affirmé le local, le territoire, l’échelon de proximité. L’internationalisme serait dès lors absenté parce que, d’un côté, il est confondu avec un niveau supranational à proscrire – la globalité méta-statique (occulte, n’appartenant pas au peuple, faite de déracinés, « hors sol », etc.) – et, de l’autre, invalidé au profit d’une zone d’action infra-nationale – le local aux vertus statiques (authentique, de souche, souverain, etc.).
 
Si cette dernière hypothèse est juste, alors un nouvel internationalisme devra être en mesure de répondre à ces questions : d’abord, qu’est-ce qui est supposé dépasser le cadre national, et quel serait alors le sens du verbe « dépasser »? Qui ou qu’est-ce qui doit peupler l’inter – l’entre, le milieu, le passage, la bande passante entre les nations : un sujet international comme le fut le prolétariat, comme devrait l’être aujourd’hui le « prolétariat nomade » (Badiou), ou bien les « frères migrants » (Chamoiseau), les « terrestres » (Latour), les « sans-patrie » dont Nietzsche se revendiquait, à moins qu’on ne privilégie ceux qui n’ont pour communauté que « l’absence de communauté » (Bataille)? Ensuite, quel rapport une position internationaliste doit-elle entretenir avec l’échelon du local, de la région de proximité ou du territoire? Quels outils conceptuels promouvoir pour distinguer ce qui est sans conteste différent : la défense immunoparanoïaque du local par les droites extrêmes d’un côté et, de l’autre, les formes de lutte émancipatrices à l’œuvre dans les ZAD? Faut-il rejeter, avec Édouard Glissant, le terme même de territoire? Autrement dit, comment en finir avec ce qu’Hannah Arendt appelle la « vieille trinité État-peuple-territoire »?
 
Peut-être nous faudrait-il méditer ce que Kristin Ross nous dit de la Commune : elle était à la fois infra-nationale et supra-nationale. Si l’on accepte l’idée que la Nation est le creuset où le sang des étrangers, des minorités et des réfugiés finit toujours par être versé, alors la recherche d’un nouvel internationalisme devrait comporter l’interrogation suivante : comment est-il possible de désindividuer la nation, de nous dénationaliser, de descendre subjectivement et collectivement en-dessous de la strate nationale, au nom d’une Commune, d’une forme de vie collective autonome, ou d’une région à sauver de la dévastation géo-capitaliste façonner et de transmettre pour favoriser un nouvel internationalisme?




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