Imposture du théologico-politique (L')
Imposture du théologico-politique (L')
Muhlmann, Géraldine  
  • Éditeur : Belles Lettres (Les)
  • Collection : Hors Collection
  • EAN : 9782251453576
  • Code Dimedia : 000228955
  • Format : Broché
  • Thème(s) : SCIENCES HUMAINES & SOCIALES
  • Sujet(s) : Sciences humaines - Divers
  • Pages : 448
  • Prix : 44,95 $
  • Paru le 5 décembre 2022
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EAN: 9782251453576

Le « théologico-politique », c’est l’idée selon laquelle au « fond » des choses politiques, il y a toujours quelque chose de religieux : quelque chose ayant à voir avec notre rapport au sacré. Même à l’heure où la politique moderne s’est « sécularisée » (séparée des pouvoirs religieux) et où les références religieuses, parfois présentes en elle, ont infiniment moins de poids que par le passé, la pensée théologico-politique est formelle : le fond de l’affaire serait encore et toujours « religieux ».

Depuis une trentaine d’années, le théologico-politique est en plein triomphe dans la philosophie contemporaine. Très au-delà de la mode « Carl Schmitt », c’est une vague qui passe par Giorgio Agamben, Charles Taylor, le dernier Jürgen Habermas, le dernier Richard Rorty… et qui fait revivre, aussi, certaines œuvres du passé : celles de Jacob Taubes et d’Eric Voegelin, ou certains écrits de Karl Jaspers. Toute une myriade d’auteurs contemporains la nourrit (Gianni Vattimo, Marcel Gauchet, Luc Ferry…), non sans échos à un air du temps général (dont témoigne, par exemple, le succès des thèses de René Girard).

Alors que l’histoire politique moderne avait fini par accomplir le désir de Spinoza d’une rupture avec le théologique – désir formulé dans son Traité théologico-politique de 1670 –, voilà que le théologique est à nouveau présenté comme le secret caché du politique. Et c’est d’autant plus troublant que les années 1960 et 1970 avaient énergiquement combattu la tentation d’affirmer, dans les choses politiques, une détermination « en dernier ressort », de quelque nature que ce soit.

Le théologico-politique, aussi « renouvelé » soit-il aujourd’hui, est une imposture. Une démesure de la pensée, qui force les réalités politiques pour imposer sa « thèse ». Et ce triomphe parle non des choses politiques, mais de la philosophie. De ses désirs à elle, rarement tout à fait éteints, d’atteindre une toute-puissance théorique, c’est-à-dire un savoir total sur l’histoire : sur sa direction, sur sa véritable « ressource », sur son prétendu « fond ».

Voilà ce que montre ce livre. Mais il propose aussi une enquête : pourquoi cette quête de toute-puissance théorique a-t-elle resurgi, à ce moment-là de notre histoire philosophique et de notre histoire tout court?

Table des matières

Ouverture

1. Un drôle d’air du temps
2. Une rupture philosophique
3. Les sirènes du « substantialisme historique » : une nouvelle vague du « théorème de la sécularisation » (Hans Blumenberg)
4. La ligne hyper-romantique, la ligne apocalyptico-messianique, et la ligne vieil-hégélienne
5. Passeurs et transfuges
6. L’histoire-solution
7. L’adieu aux garde-fous de la période « Marx-Nietzsche-Freud » et des sciences sociales
8. Le contournement des problèmes les plus aigus posés par le totalitarisme. Et... le pire : la « reconstruction » d’Auschwitz par Agamben
9. Epuisement philosophique et désir d’absorber le mal

Conclusion : Pour la critique

Extrait

La thèse du livre que vous tenez entre vos mains est que le triomphe du théologico-politique est un événement qui parle, non des choses politiques, mais de la philosophie : de ses désirs à elle, rarement tout à fait éteints, d’atteindre une toute[1]puissance théorique. Ces désirs se sont déchaînés d’une manière singulière dans les années 1980 et 1990. Et ils ont produit cette « pensée théologico-politique », qui affirme toucher le « fond » des choses politiques – se racontant donc qu’un tel « fond » existe – et qui prétend ainsi accéder à la direction véritable de l’histoire politique. [...]
 
Le théologico-politique ne se contente pas de ne rien apporter à la réflexion sur les choses politiques. Il les maltraite, aussi. Il leur impose des forçages théoriques. [...]
 
J’ai écrit cet ouvrage, fruit de dix ans de recherches, à la fois pour préciser ma critique [...] et pour proposer une « enquête » sur la genèse de ce nouvel air du temps philosophique. Comme l’a dit un jour Vincent Descombes, souvent, en philosophie, « la grande affaire d’une génération est de régler la dette héritée de la génération précédente ». En somme, j’ai eu envie de comprendre ce qui, dans cette montée spectaculaire de l’idée du « théologico-politique », était en train de « se régler », avec qui, et pourquoi.




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