

Extrema ratio
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Livre testamentaire de Franco Fortini, Extrema ratio. Notes
pour un bon usage des ruines occupe une place singulière dans
l’œuvre de Franco Fortini. Dernier livre d’essais inédits publié de son
vivant, le livre frappe par une dimension d’adresse marquée, dont
témoigne notamment l’insertion de plusieurs lettres, dont certaines à
des détenus. L’ouvrage n’est pas un recueil d’interventions mais une
série relativement continue de méditations scandées par des étapes
thématiques.
Le texte se divise en trois grandes sections :
la première, « Extrema «, aborde les thèmes de la démocratie, de la
violence étatique et de la dissension sociale et politique ; dans la
deuxième, « Un lieu sacré «, un séjour à Jérusalem est le point de
départ d’une réflexion, restée d’une grande pertinence, sur le conflit
israélo-palestinien; la troisième, « Ratio «, reprend tous ces thèmes et
les développe en direction d’une réflexion sur la politique, qui passe
par une critique du Parti communiste italien et du stalinisme, par une
perspective sur l’engagement des intellectuels par-delà le siècle des
révolutions, par une réflexion sur la violence politique par une
discussion avec l’idée du postmoderne selon Fredric Jameson et par une
relecture des figures évangéliques de l’espérance.
Les
ruines que mentionne le sous-titre sont celles du XXe siècle, des
espérances révolutionnaires en premier lieu, mais plus généralement des
coordonnées politiques et culturelles marquantes de la modernité
occidentale : les formes de la démocratie politique, le statut des
intellectuels, la place des arts et des lettres dans la société, le rôle
de l’information et de la communication de masse, la présence des
religions dans la sphère publique... Au début des années 1990, lors de
l’effondrement du bloc soviétique, Fortini esquisse un bilan des
engagements de toute une vie et essaie de cerner les lignes
fondamentales d’une nouvelle époque, en train d’éclore à la fin du XXe
siècle.
Franco Fortini (Florence, 1917 — Milan,
1994), poète, traducteur essayiste et critique littéraire, est l’une des
figures les plus marquantes de la scène intellectuelle et politique
italienne après 1945. Auteur inclassable, penseur « inactuel »
comparable par son influence en Italie à Pier Paolo Pasolini, Franco
Fortini a d’abord été introduit au public français par le film de
Jean-Marie Straub et Danièlle Huillet Fortini/Cani (1974).
Il fut le point de repère et la boussole de plusieurs générations
d’intellectuels et de militants, par sa clairvoyance, sa lucidité, par
sa manière à la fois libre et sans concessions d’interpréter les
événements de son temps, de la critique radicale de l’invasion de la
Hongrie en 1956 jusqu’aux derniers écrits qui anticipent la catastrophe
des années Berlusconi. Après un recueil sur la figure des intellectuels
intitulé La conscience aux extrêmes, après son tout
premier livre de poésie, Feuille de route, les éditions Nous
souhaitent continuer à traduire et à faire connaître cette figure
majeure de la culture italienne du vingtième siècle, encore trop
méconnue en France malgré une réception critique grandissante en Italie,
en particulier auprès des jeunes générations.
NB : Les prix indiqués sont sujets à changements sans préavis.
