
Apocalypse managériale
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1941. L’année où tout bascule. L’Europe tombe entre les mains d’Hitler. La barbarie fait son nid partout où la raison guidait le monde.
Au même moment à New York, trois événements signent le commencement d’aventures apparemment très distinctes. Saint-Exupéry arrive à Manhattan. Il y rédige le mythique Petit prince. James Burnham publie son ouvrage Managerial revolution. Il y décrit la montée en puissance d’une nouvelle classe sociale : les managers. À quelques encablures, les acteurs de la Fondation Macy préparent un cycle de conférences. Le grand moment cybernétique approche.
Trois acteurs, trois lieux, trois projets. Sans qu’ils ne se parlent, leurs idées se rencontreront sur l’échiquier new-yorkais pour changer le monde.
Comment décrire ce phénomène à hauteur d’Hommes? En donnant chair à Antoine de Saint-Exupéry, James Burnham et à l’un des pères fondateurs de la cybernétique : Norbert Wiener.
C’est ainsi qu’il devient possible de raconter le « moment historique » et la « grande histoire » de cette rencontre entre management et digitalité. La « mobilisation industrielle », les besoins en puissance de calcul, le développement d’une instrumentation de gestion à une échelle inédite, la nécessité de gérer à distance du théâtre d’opérations, le besoin d’agencer l’obsolescence et l’accélération… Avant, pendant et après les années de guerre, une alliance inédite et fondatrice se met en place entre management et digital. De plus en plus narrative, elle ne se dénouera plus jusqu’aux années 2000.
En faisant converser des philosophes européens et américains contemporains de ce mouvement historique, Apocalypse managériale propose une enquête originale et fouillée sur une conjonction capitale pour comprendre notre temps et un de ses symptômes : la perte de profondeur de nos expériences.
Préambule Attendre sans plus attendre
Introduction : Sur les profondeurs de la rencontre du digital et du management, le futur des années 40 à New York
Chapitre I : James Burnham, le promeneur de Washington square
Chapitre II : Antoine de Saint-Exupéry, exilé à New York : De l’empire de Citadelle à l’Empire State Building
Chapitre III : Norbert Wiener, de passage à l’hôtel Beekman : le moment cybernétique à Manhattan
Chapitre IV : Dernier dîner à New York avant le grand vol : Saint-Exupéry, Burnham, Mead et Wiener se retrouvent à la « Vie parisienne »
Chapitre V : Manhattan et la « grille » : quand le futur devient un horizon obsédant et le passé un sol vu de trop haut
Chapitre VI : Les États-Unis « arsenal de la démocratie » : l’envolée de la seconde guerre mondiale
Chapitre VII : Retour sur le sol de New York : déambulation du Navy Yard de Brooklyn aux grands réseaux du management à Manhattan
Chapitre VIII : Crise du grand récit commun et déshabitation du monde : les présents de Macy
Chapitre IX : Généalogie des apocalypses managériales : sur les traces de l’Événement américain
Chapitre X : Abandonner les solutions et les prophéties : renouer avec une expérience commune
Chapitre XI : Vers une éthique du voyage : la science et l’université ouvertes à la cité
Conclusion : Du « management » à la « gestion », de New York à Rome
Postface : De l’attente à la responsabilité : habiter la fragilité du monde
Avec l’instantanéité du digital, l’attente trop évidente devient intolérable. Seuls face à nous-même, nous devenons comptables du temps perdu. Le digital produit les débits et les crédits de nos vies. Il nous alerte sur l’actualité. Il nous notifie les événements à venir dans notre agenda. Il mesure notre pouls et compte nos pas. Il trace nos achats et règle nos dépenses. Nous sommes toutes et tous pris dans des bulles d’expériences connectées les unes aux autres. Plus que jamais, on peut se comparer, s’étalonner et mesurer son retard ou sa très provisoire avance. Parfois, le digital créé ses propres moments d’attente pour mieux nous en sauver au prix du passage d’un « freemium » à un « premium ». Le digital investi tous les creux de nos existences et n’hésite pas à en créer de nouveaux pour bien les remplir.
Mais de quoi est finalement pleine cette bulle digitale ? De quoi sont remplis ces milliers de gestes et ce devenir dont on semble avoir laissé la charge à d’autres ? En un mot, ils sont remplis d’un certain « management ». Il faut prendre ce vocabulaire au sérieux. Loin des clichés en vigueur aujourd’hui, les premiers « managers » portaient une véritable vision politique. Tout notre devenir collectif était et reste visé par l’ambition managériale.
Depuis la première guerre mondiale, le management scientifique était déjà allié à des logiques cybernétiques ne disant pas encore leur nom. Mais avec la seconde guerre mondiale, cette grande rencontre est devenue fusionnelle. Ce rendez-vous et son nouveau régime de temporalité « américain » sont au coeur de mon exploration new-yorkaise.
Je vous invite à marcher sur l’île de Manhattan, à déambuler dans cette grande matrice d’avenues, de rues et de perspectives si familières. Etrangement, je ne ferai que vous rejoindre car tout le mouvement de ce livre est un trompe-l’oeil. Vous ne quittez jamais cet espace quadrillé plaçant chacun de vos mouvements dans un gigantesque algorithme. Avec ce souci de penser votre équilibre, de communiquer et de gérer au mieux toute chose, les lignes de Manhattan empiètent de loin sur vos existences.
Dans les années 1940, une partie de notre quotidien entremêlant management et digital est née dans les mouvements de cette immense matrice new yorkaise. Sur ce sol, l’attente créée une impatience, un grand vide. La « grille » est désormais là pour la prendre en charge et fixer sans attendre l’horizon de notre devenir.
NB : Les prix indiqués sont sujets à changements sans préavis.

