Civilisation des odeurs (La)
Civilisation des odeurs (La)
XVIe - XVIIIe siècles
Muchembled, Robert  
  • Éditeur : Belles Lettres (Les)
  • Collection : Hors-collection
  • EAN : 9782251447094
  • Format : Broché
  • Pages : 272
  • Prix : 47,95 $
  • Paru le 13 novembre 2017

La diabolisation accentuée, de la Renaissance aux Lumières, du plus méconnu des sens, l’odorat, éclaire la manière dont la « civilisation des mœurs » occidentale a révolutionné la perception du corps humain, pour aboutir de nos jours à une puissante autodiscipline, notamment marquée par la désodorisation de nos sociétés. À partir de la Renaissance, la dépréciation des sens et du corps bestial s’élargit à divers cercles laïques. La civilisation des mœurs développe le savoir-vivre, la pudeur, le refus des inconvenances. Vue et ouïe deviennent de plus en plus les sens nobles, évocateurs du divin, au contraire des sens de proximité, trop liés à l’animalité et à la sexualité. L’odorat est le plus visé par les moralistes, car pour eux le diable est dans les déchets, les vapeurs de peste, les excréments humains, le bas du corps, féminin en particulier. Si bien que l’autocontrôle de ces enfers, notamment de celui du nez (dont la forme et la longueur sont réputées traduire celles des organes sexuels masculins et féminins), fait l’objet de tous les discours savants, alors que les puanteurs règnent dans cet univers, surtout dans les grandes villes comme Paris ou Naples. Un mécanisme de culpabilisation multiforme invite à rejeter et à sublimer cette part puissamment animale de l’humain.
 
Mais il ne s’agit pas encore de faire disparaître les mauvaises odeurs. On traite en effet le mal par le mal, en chassant la peste par l’odeur encore plus épouvantable d’un bouc et en protégeant les orifices du corps et de la peau par des substances odoriférantes fortes. Les parfums, souvent d’origine animale (musc) servent à chasser le démon, mais sont aussi considérés comme des pièges sataniques. Cette ambivalence ne cesse qu’à partir du milieu du XVIIIe siècle, lorsque les parfums, de plus en plus floraux, prennent une place nouvelle dans un monde plus hédonique. Ils participent alors à un processus de sublimation en produisant une barrière olfactive contre les puanteurs externes et les odeurs corporelles.

AUTEUR(S)

Professeur émérite à l’Université de Paris 13 Sorbonne, Robert Muchembled a notamment publié au Seuil Une histoire du diable, XIIe-XXe siècle (2000), L’Orgasme et l’Occident (2005), Une histoire de la violence de la fin du Moyen Âge à nos jours (2008).

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